LE MEILLEUR ZINE DE MARDE

OKAY?

PARVIS

Capture d’écran 2015-05-12 à 11.29.18

On était tranquillement installé-e-s sur le parvis de l’église à boire des gins toniques pis à envoyer chier systématiquement tou-te-s les passant-e-s. Mon ami-e criait «Fuck everybody! Fuck you all!» aux touristes peinard-e-s qui venaient profiter de notre quartier en ce beau dimanche soir pis moi je me resservais une rasade. On a sorti la guit pis on a essayé de jouer un peu mais on était trop saoul-e-s pour que ça marche, fait qu’on s’est contenté-e-s de continuer à vociférer des insultes -une activité qui se raffine avec l’augmentation du taux d’alcool, c’est bien connu. Le monde avait l’air de nous trouver caves, mais ça, c’est pas très différent de d’habitude. Ce soir-là, y’a quelqu’un-e d’encore plus cave que nous qui a décidé de pousser son dédain plus loin pis d’appeler les flics.

On a vu le char de boeufs passer lentement; les bovins à l’intérieur nous spotter; le véhicule s’immobiliser pis notre haine fleurir. Les deux derniers verres de gin, servis crissement forts pour vider la bouteille et pouvoir la jeter, constituaient les seules preuves de notre illégalité: il nous a semblé logique de les caler. Gloup, gloup, gloup, câlisse y’en restait beaucoup, gloup, gloup, gloup. Les flics ont rappliqué avec leur face porcine. Sérieusement, illes ressemblaient tellement à des cochons que les appeler “les porcs” relève à peine de l’injure. Y’avait une madame frustrée avec une coupe brosse et un p’tit nez relevé pis un gros goret aux oreilles pointues, bien dodelinant. Y’ont commencé par nous demander nos cartes, prétendant du coup savoir lire, fait qu’on a répondu en lâchant un rot bien sonore (on venait de caler des gros criss de verres, pareil!). À c’qui paraissait y’avaient reçu une plainte à propos de quelqu’un qui criait.

Mon ami-e chaud-e raide leur a dit que c’était sûrement sa faute. Ille a cru bon exemplifier ses plus récentes vociférations aux cochons: «Je criais “mangez d’la marde câlisse!” Je voulais rien faire de mal, juste les envoyer chier!» C’est là que j’ai considéré pertinent demander le numéro de matricule de la fille avec une coupe brosse pis lui improviser une chanson avec. Les accords c’taient CFCG si jamais l’envie vous prend de réessayer la technique. J’ai résumé la situation en les insultant en quatre lignes pis j’pense même que ça rimait. Elle a comme viré plus fâchée tout à coup pis elle nous a demandé de sacrer notre camp en nous menaçant de nous coller un ticket de flânage. J’pense qu’elle a aussi dit que c’était 250$. On a refusé, juste par orgueil parce qu’on savait ben que les flics allaient crisser leur camp si on obtempérait pis qu’on aurait pu revenir 10 minutes plus tard sans problème.

Là, les porcs commençaient à s’impatienter pis je voyais ben les menottes, le poivre, le gun pis la matraque tinter sur leur ceinture comme pour me rappeler qu’on pouvait pas gagner mais j’pense qu’on trouvait ça nice en soi de les écoeurer. Illes nous ont donné deux choix: soit on partait, soit on pognait un ticket. Je leur ai dit que c’était un faux dilemme, ce que j’ai peiné à leur expliquer vu que le gin venait de rentrer ben comme faut pis que visiblement y’avaient pas l’air de catcher c’était quoi. Mon balbutiement finissait par l’idée qu’il existait une troisième option: celle de rester sans pogner de ticket. Le goret était en câlisse. Il nous a demandé nos noms pis notre métier; on lui a dit que c’était pas de ses criss d’affaires. Ce qui était le plus hot, c’est qu’on avait sûrement raison dans tout ça, que les porcs pratiquaient du profilage, qu’ils étaient en tort, qu’on avait rien à nous reprocher pis surtout qu’on avait pas besoin de nous identifier. Tant qu’illes acceptaient qu’on s’identifie pas, on savait qu’on avait rien à craindre de ces trous-de-cul. On les a encore envoyé chier en disant qu’illes vivaient visiblement pas dans notre quartier parce qu’autrement illes sauraient qu’il y a toujours du monde qui chille sur le parvis et que les seules personnes indésirables, c’était elles. Coupe brosse a décidé que la game était finie fait qu’elle s’est mise à utiliser la force pour nous déloger. On a cru bon sacrer notre camp à ce moment-là, tout en la traitant d’une panoplie de noms porcins. Criss de bande de débiles armé-e-s sans génie. Eille! Mangez d’la marde pis tuez-vous calvaire!

Heureusement, notre ami-e était arrivé-e au milieu de l’altercation avec une caisse de douze dans les mains, comme un gros fuck you qu’illes ont même pas considéré, pis on est allé-e-s la boire dans les ruines d’un cinéma en démolition, loin des touristes, des passant-e-s pis surtout des flics.

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This entry was posted on May 12, 2015 by in ARTICLE, S3N4.
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