LE MEILLEUR ZINE DE MARDE

OKAY?

COMMENT JE SUIS TOMBÉ EN AMOUR POUR LA DERNIÈRE FOIS DE MA VIE

robert_banniere

J’ai vu un tas de marde sur le trottoir l’autre jour. Ça avait pas l’air d’une crotte de chien, j’pense que c’est quelqu’un qui a chié ça drette su’l trottoir sur Ontario, en pleine vue. Ça prend du guts pour faire ça j’ai trouvé. J’tais ému. Je l’ai mis dans un sac de plastic que j’ai trouvé dans la poubelle à côté pis je l’ai amené chez nous. Je l’ai mis dans le coin de mon salon au bout du divan et je l’ai appelé Robert , Bob pour les intimes. Me semble que c’est un bon nom pour du caca humain. J’me sentais enfin chez nous dans mon nouvel appartement. Mon coloc avait remplis la place de posters, de plantes vertes pis de souvenirs de voyages laittes mais moi j’avais rien pour décorer. Maintenant j’avais mon p’tit caca dans un sac qui trainait là. J’tais fier de le voir, brun, long, magnifique avec ses restants de peanuts dedans.

Ça pas été long que l’odeur s’est mise à monter, ça me rappelait mon enfance. La marde a une odeur distincte, chaude et humaine. Fuck les pots-pourris pis l’encens. Après une heure, les mouches se sont amenées. Décalissez de mon Robert, ma gang de p’tites crisses… J’ai essayé de les chasser mais y’avait rien à faire, j’allais devoir le partager ça l’air. Mon coloc est rentré un peu plus tard et il s’est tout de suite mis à chialer.
-Criss, c’est ben dégueulasse! Ça sent l’esti de marde icitte tabarnak! qu’il a crié. Calisse, quessé que ça fait là cet osti de marde là dans le salon?!

J’tais fâché qu’il parle de même de Robert pis j’lui ai expliqué que je l’avais trouvé sur le trottoir sur Ontario, que c’était quelqu’un qui avait chié ça pis que son nom c’était Robert. Y’avait pas l’air à tripper autant que moi sur Robert et il m’a demandé de sortir le tas de marde du salon au plus criss. J’ai fait à semblant de le sortir et je l’ai mis sur le bout du balcon pour pouvoir le rentrer dans ma chambre plus tard.

J’suis sorti fumer une cigarette pour voir si Robert allait toujours bien, j’lui en ai offert une et il m’a répondu qu’il fumait pas. Il tenait à sa santé, la clope c’est plein de produits chimiques. On a parlé de notre enfance, il l’a eu rough Robert… Y’est née d’une vieille prostituée ben gelée su’l crack la nuit dernière, elle l’a abandonné sur le bord de la rue. Il lui en voulait pas vraiment, il l’avait pardonnée. Après, y’a passé toute la journée au gros soleil, les chiens le sniffaient pis s’en allaient sans lui dire un mot, les enfants le pointaient du doigt en se pinçant le nez et personne avait jamais pensé à le ramasser avant moi. Moi aussi les autres enfants riaient de moi quand j’étais jeune et me traitaient de tas de marde. Ça l’a commencé à cliquer entre nous deux.

Mon coloc est sorti et m’a vu jasé avec Robert sur la galerie. Il m’a demandé ce que je faisais à parler tout seul. Y’a pas vu Robert qui était assis à côté de moi sur la chaise, criss que y’est innocent. J’lui ai présenté Robert, y’a comme figé pis y’est rentré sans rien dire. J’sais pas trop, y’est un peu gêné mon coloc. Ils se parleront une autre fois. Moi et Robert on a continué à jaser pendant une bonne heure de tout et de rien. Il faisait beau, on était bien.

On est rentré discrètement dans ma chambre. On s’est regardé droit dans les yeux. Les quelques secondes qui ont suivies étaient tellement intenses qu’elles ont parues êtres des heures, voir des journées entières. J’ai posé mes lèvres sur les siennes. C’était bon, chaud, odorant. J’ai enlevé mon chandail et retiré son sac de plastic. Je l’ai caressé doucement, passionnément. On a fait l’amour avec tendresse comme si nous avions passé toute notre vie à s’attendre mutuellement. Jamais avant je n’avais senti une si forte passion, nos cœur s’embrasaient dans un feu de forêt rasant d’un coup nos passés troublés pour pouvoir permettre à une nouvelle flore belle et grandiose de pousser sur les cendres. Après s’être aimés, on est restés couchés, silencieux, le sourire au visage et la passion dans l’âme. On s’est endormis et rêvés d’un monde meilleur où nous serions seuls, tous les deux, main dans la main.

Le lendemain matin, je me suis réveillé bien heureux, pour une fois. Je me suis ouvert les yeux pour admirer Robert pis j’le voyais pas. J’ai paniqué. J’me suis levé en vitesse pis j’ai vu ce qui s’est passé. Je l’ai écrasé en dormant, y’était étalé sur mon chest, pogné partout dans le poil. J’ai tué Robert…

Depuis, je garde toujours son souvenir bien précieusement dans ma mémoire. Toutes les nuits, je sors sur Ontario pis j’vais chier un p’tit tas en me disant que peut-être quelqu’un d’autre que moi va tomber dessus et vivre la passion que j’ai écrasée.

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This entry was posted on March 2, 2015 by in ARTICLE, S3N1.
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